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Chut ! Exil du Funambule

Publié le par SILYA

Petit funambule vacille en moi, ta flamme s'épaissit… Me brûle mais ne décroît pas. Je la perds parfois et ma tête me tourne, tout tangue autour de moi et je m’en découle. Ce moule se déforme et je n’ai plus de pieds, plus de base pour m’accrocher au fil qui ne veut jamais rompre. Il me relie vers une avancée… Je recule mais ce fil me rattache…Où s’accroche-t-il réellement ? De quelle partie de mon corps il s’élance ? Je le fortifie, l’égratigne par endroit. Je veux me faire tomber et regarder ce vide en moi.

Il n’y a plus d’au-dessous, ni même d’au-dessus, il ne reste qu’un extérieur écorchant l’intérieur. La cire dégouline, suinte… Je ne la retiens plus tant elle alimente cette flamme. Le vide est-il en moi ou tout autour de mon être ? Je baisse les yeux, toutes mes conceptions se chamboulent, l’air semble si lointain et tout en bas navigue une âme. Elle brille doucement, virevolte dans une danse qui s’inscrit en moi, elle se déploie et semble me dire : « Si tu vacilles, si tu ploies… C’est avec douceur que j’atténuerai ta chute. »

Je dois rêver, sûrement. Je fixe cette aura, comme transportée dans une marée sentimentale. Tout se brouille de plus en plus… Mes pas ralentissent mais …mes pieds ne me portaient plus ? Dois-je glisser ? Dois-je sombrer ? Cet appel m’envahit, torpeur et quiétude. Dans la contradiction, paroxysme du doute je ne sais plus quel sens employer.

Fermer les yeux, glisser sans voir arriver l’explosion, le désastre où le fil s’entortille. Je tourne sur moi-même, pour suivre ainsi son sinistre schéma. Et cette voix qui toujours m’appelle… « Glisse vers moi, je balaierai tes doutes » Mes doutes ne sont-ils pas ce moteur de l’équilibre ? Etaient-ils là pour que je trébuche ?

« Arrête de croire, ne pense plus… Observe ma danse, cette fluidité du paraître. »

Tout doit s’arrêter, des larmes esquissent un voile, mes pensées s’acheminent en torture. L’esprit cesse tout, il ne veut plus ressentir. Et je lui dis : « Frémir ne me sers plus à rien, ta danse, ta mobilité n’ont-elles qu’une apparence ? »

« Le vide n’existe plus ‘en bas’, il a pris place dans ton corps, il s’est étendu pour couvrir ton entendement»

Je ne comprends plus. Le fil me soutient, il m’indique l’endroit où se posent mes pas. Il s’enroule, je fais de même et il ne rompt pas… Pourquoi le quitter, casser cette cadence ? Cet être me trouble et l’envie de le rejoindre m’éloigne du tracé. Sa danse répétitive perd de l’ampleur, il s’éloigne de moi, descend plus bas. A quelle hauteur suis-je donc placée pour me trouver ainsi dépassée ?

« Pourquoi te rejoindre si bas, quand mon esprit explore ces hauteurs ? Monte rejoindre mon fil et embrasser la vue qu’il m’offre.»

« Ta hauteur n’est que froideur et amertume. Jamais mon âme ne s’abaissera à quitter la chaleur de mon antre ici installé. »

« Ma hauteur est une tour, une protection superbe, elle brille sur mon chemin et illumine mon être ! »

« Tes illusions se perdent aussi haut placées que ta Croyance, viens visiter ces bassesses qui te répugnent si ouvertement. Ton fil te rabaisse bien plus qu’il n’y paraît, ton paraître te glace alors même que tu te méfies du mien. Explore-moi…»

Mon cœur croyait tout, ou espérait de croire. Il fut saisi d’une chaleur qui m’irrita et me laissa perplexe. Tout mon corps se réchauffait, il n’écoutait pas mon interdit. Cela ne servait plus à rien, ma raison, mes interdits... C’est ainsi que mon corps choisit la chute. Je pensais qu’elle serait interminable mais je fus immédiatement réchauffée, enveloppée dans cette âme. Les cœurs brisés avaient lâché prise et ils s’étaient abandonnés à d’étranges surprises. Toute perception voulait agrandir sa voie, d’abord le regard, contemplant un paysage accessible et réconfortant. Vint ensuite l’odorat, humant une odeur enveloppant ma chair. Quelque chose se matérialisa devant moi, l’âme avait cessé sa danse pour venir m’accueillir et ainsi je pus toucher ce corps, entourée par ses bras.

Je vis bouger ses lèvres avant de comprendre le son qui en sortait… Mon ouïe se réveillait petit à petit. Ma tête fut submergée par tous ces contacts… Visuels, tactiles, olfactifs, auditifs… Ses yeux me fixaient, toutes données restaient en suspens, comme une pause infinie qui ne dévoile plus le temps. Mes jambes tremblaient, elles qui étaient habituées à un petit fil infime, où l’équilibre était maître, avaient tout cet espace soudain et ne savait plus comment se tenir. Il me retint contre lui et j’eus en moi la sensation d’un manque essentiel, d’un sens encore endormi et qui attendait d’être éveillé. Alors que je levai la tête vers lui, sa bouche se posa sur la mienne, nos langues liées rassasièrent mon envie de goûts.

Tout se réunissait pour m’affaiblir en vain, je pouvais contempler ce contact d’un corps enserrant le mien. Tout s’effaçait ensuite et restait ce goût, cette attraction d’une âme qui me fit parcourir tout ce chemin.

Je contemple parfois mon fil, loin au-dessus de mes rêves, il me nargue et j’en ris, tant son parcours s’enchevêtre sur lui-même.

Voici ma descente de funambule, à cet endroit même où j’ai chuté. Ma rose décente s’est laissée emporter à cet endroit précis, je ne sais plus où regarder. Ce calme apparent me transporte et m’apaise, sa présence se ressent tout autour de moi et… Trésaille en moi des volutes de peine. De la distance, de la haine…Un enchevêtrement de sensations toutes plus humaines les unes que les autres. Ma vie se résume à un fil qui n’est plus et à un vide à construire autour de moi. Cette présence infinie m’a fait chuter de mon piédestal, j’ai su voir, sentir, goûter ce monde et j’ai appris également comment m’y écorcher. Chaque goût, chaque sensation à son amertume qui lui est propre. Chaque chose si infime et si belle qui soit a son opposé pour nous faire goûter son prix.

« Tes larmes perlent sur ton doux visage, ne sachant plus quoi faire, c’est mon corps qui s’échappe. Il désire s’envoler, s’étirer et s’enrouler autour de toi. Il désire te rejoindre, s’y calmer et trouver en toi la définition manquante à cet espace sans fin. »

L’on regarde à côté et le désir s’emmêle, l’on envie l’autre de ce que l’on n’a pas. Pas à pas on cherche cette âme qui, peut-être, nous montrera le chemin. Comment s’acheminer à être ? Comment espérer croire en elle ?

Sur mon fil, je pensais que le doute était souverain et permettait d’avancer. Pour chuter ainsi j’ai dû prendre position, choisir un trait à tirer…Ni droit, ni ample, ce trait se transmet pour chuter dans la décision.

Une idée s’amène et sa pratique, sa véracité se doivent d’être éprouvées.

Marcher droit tout là-haut était un jeu d’enfant. Chavirer ici-bas c’est une guerre de position…Chaque pied doit trouver sa place devant l’autre. Tel chemin ? Tel autre ? Autre choix à formuler ? C’est une guerre intra-humaine, entre ce pied et ce cerveau. C’est une guerre inter-humaine, entre cette âme, cette âme, ces autres âmes, celles du passé et celles à venir.

J’entends le souffle du corps qui m’a tiré de mon songe. J’entends son souffle en moi qui attise et calme des rages que je ne soupçonnais pas. Dans ce chemin de partage, deux mains se lient et je n’ose plus regarder le ciel…Car mon fil toujours essai de me montrer que c’est lui qui dicte encore mes doutes et mes repères.

« Tu crois filer toute seule au grès de ton envie ? Vaciller de ci, de là dans de divers chemin…Ton fil est là, il trace ton avancée de son ombre sur ce sol que tu t’évertues à contempler. Ta fuite du haut se retrouve gravée ici-bas. Le vide était bien en toi. Ces âmes te cernent de tous côtés, ton destin te cerne du dessus de ta tête jusqu’en dessous de tes pas.»

Le toucher me manque, l’envie de chaleur humaine dicte mon devoir. Fuir les uns pour s’aimanter à l’autre. Je tends toujours la main, droit devant moi, droit derrière moi…Je tends toujours cette main-ci…Mes lèvres murmurent imperceptiblement un doux cri de recul, un « au secours » d’hier et d’aujourd’hui.

Dans tous ces yeux dans lesquels j’ai pu me perdre, mon addiction a commencé bien avant que je ne quitte mon fil. Mon addiction pour ce corps, cette pensée, cette âme…Pour tous ces sens de l’éveil, pour cette chaleur de l’oubli. Mon addiction est là, bien en face de moi, risible, visible, éclatante…Tout est fade lorsque ma drogue me repousse bien trop loin en moi.

« Ma rose, ma décente funambule, de ton fil d’or tu m’accuses…Abats sur moi ta sentence accablante, ta danse grinçante aux aspects de fou rire. Tiens-toi dans toute ta hauteur incertaine, ta tour où rien ne transparaît, apaise moi enfin de ton ultime baiser. Notre adieu de souffrance, nos peines étrangères ne sont que le triste décor de ce règne de l’inter-humain.

« Tu es cette araignée qui tisse sa toile, qui relie nos cœurs et les leurs en de multiples scènes tragiques et comiques. Tu choisis tour à tour de mêler entre eux les pleurs et les rires qui finissent dans ta gorge. Tu te nourris de chacun d’entre nous, tu t’amuses de nous faire paraître comme dignes, comme certains de notre destinée parfaite. Tu déploies tes charmes, enjolives le futur, l’attrait du nouveau pour tisser d’autres fils, d’autres fuseaux d’avenir. »

Le temps, à nouveau, s’est arrêté. L’humain peut alors se recroqueviller dans sa coquille parfaite.

Je me balance…D’avant en arrière…Cela ne m’éclaire pas plus sur le chemin à prendre ou la personnalité à adopter.

Ma rose me pique au vif, je ne réponds plus. Seul le silence peut encore me satisfaire. Seul lui peut se complaire de m’apporter encore quelque chose. Peut-être esquissera-t-il un sourire sur ma bouche endolorie… Les pensées s’effacent comme stagne le temps.

Mon corps, mon cœur et mon esprit s’enlacent pour la première fois depuis leur création. Je glisserai bien volontiers dans ce parfum entêtant, dans cette nouvelle musique, dans cette clarté soudaine où aucun écho ne prend vie.

Pourquoi ne pas continuer à se bercer tendrement pendant que la lumière efface tout, autour de nous.

Loin du monde, Loin de ce que j’attendais.

Mon petit Funambule s’écarte du sentier, il m’éloigne doucement pour ne pas me laisser porter par la course, il m’apporte cette envie folle de courir, de fuir de tout mon cœur ceux qui me laissaient enfermée.

Cette décision s’est imposée comme une évidence terrible le jour où j’ai eu le cœur brisé, le cœur déçu pour la énième fois.

Pour tout vous dire, j’ai essayé de tenir bon. Je voulais même devenir meilleure à chaque coup du sort. Je voulais être une source de réconfort et être envahie par les bienfaits que j’apportais aux autres.

Pourtant, à mesure que mon cœur s’agrandissait pour accueillir l’inhumain et pour l’accepter… Je souffrais de plus en plus.

Alors là ! Je me promets de ne plus retomber dans les mêmes pièges et quitte à partir pour y arriver… Cela sera fait !

Pour le moment, voyez-vous, je n’aperçois aucune éclaircie à l’horizon… je n’aperçois rien, ni personne. Les visages amicaux deviennent moqueurs et lèvent leurs masques. Là c’est le summum de ce que je peux supporter. A mon tour de lever le masque de courtoisie, de gentillesse sans faille, d’amour sans limite.

Loin du monde, Loin de ce que j’attendais des autres.

Mon petit Funambule n’a plus envie d’avoir besoin de quoi que ce soit. La vue et l'ouïe des autres partent en fumée. Les attentions et les embrassades s’envolent en cendres.

Il souffle sur toute cette suie pour qu’elle ne me salisse plus. Il souffle de toutes ses forces pour expulser toute cette amertume loin de moi.

Il ne me reste plus qu’à lever les yeux, regarder alors droit devant moi. Une lumière m'éblouit sur le moment et, le temps de m’y habituer, je vois enfin à quel point cet environnement est fade, morne et triste.

La solitude résonne. Serait-ce cette vaste caverne où nous sommes supposés entreposer tant de richesse ?

Moi, je ne les vois plus nulle part.

Vous vous demandez sûrement si j’ai vraiment cherché, si j’ai pris la peine de m’ouvrir au monde, de l’explorer, de m’intéresser aux autres… Autant d’inepties pour des êtres qui ne veulent plus ouvrir les yeux depuis belle lurette. Se confronter au monde doit-il être obligatoirement mérité par un dur labeur et autant de blessures ?

Jolies foutaises, conte de fées pour endormir les petits enfants. Pour mon tendre funambule, cela fait bien longtemps que tout cela ne marche plus.

Loin du monde, Loin de l’image que l’on attend de moi.

Mon petit Funambule me montre des images qui sans cesse s’embrouillent… Celle que je me fais de moi-même, celle que les autres me renvoient… A force, je ne vois plus que celle que je dois devenir, celle que je suis censée être. Mon image se tord devant le miroir. Cette surface me torture et m’accule… Me donne l’envie de briser l’image.

Le miroir me brandit inexorablement le drapeau de la justification. Il prône des valeurs extrêmes, s’attend à ce que je m’explique. Il attend mes défaillances, mes manques d’assurance… Tous les plus petits tremblements de ma chair. Il me montre mon absurdité, les rôles que j’alterne pour toujours faire bonne figure. Mon Funambule voit les visages que j’arbore, les faux airs, les sincérités, et les manques de franchise. Il voit toute mon absurdité, oui. Et… La voyez-vous aussi ?

Je me dis que si cette surface pouvait être du papier, je la déchirerai en mille petits morceaux jusqu’à former de doux flocons blancs et inertes.

Loin du monde, Loin de moi-même.

Je ne suis plus que mon petit, et si pâle, Funambule, égoïste et amer. Je n’ai su ni fuir ni trouver ma place. Je n’ai pas su m’arracher les yeux, ni même les fermer simplement.

Je n’ai pas su refermer mes bras pour retenir tout ce qui m’emplissait. J’erre en lui-même à défaut d’explorer le monde. Je m’enterre, seule, au lieu de m’envoler au-delà des richesses humaines.

Mon petit Funambule, ne veut plus faire face… Il préfère s’enchaîner… Seul avec l’espoir d’avoir au moins cette liberté d’être... dans la solitude.

Loin du monde, Loin de ce que je voulais détruire.

Mon petit Funambule ressent de plus en plus mes mâchoires qui se serrent, mes poings prêts à bondir et mon cœur s’attend à exploser d’un moment à l’autre. J’ai devant mes yeux des images qui s’amoncellent, des clichés de souvenirs qui se détériorent au fil du temps. Ces images réveillent en moi des sensations, des goûts, des bribes de pensées que je partageais à ce moment précis. Plus j’avance et plus cela s’amoncelle. Ce ne sont plus là que des débris que je ferais mieux de brûler ou de recycler. Toutes mes rages anciennes deviennent de vagues mascarades, futiles tant elles sont vieilles et puériles. Je regarde le présent, prêt à fulminer encore, prêt à ressasser pour toujours des clichés qui bientôt orneront mon esprit.

Et je tourne encore en rond, en moi-même en espérant retrouver les berceuses qui apaisaient mon jeune esprit.

Ce qui me calmait, avant, m’irrite à présent au plus haut point… De quoi ruminer encore bien trop longtemps.

Loin de tout, Bien loin des autres et bien loin de moi-même...

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