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Là ! Des rives, et…

Publié le par SILYA

Tout au creux de sa chair palpitait cette envie insatiable de corps.

Sa vie n’était teintée que par le sexe et elle ne cessait de s’impatienter dans toutes les particules de sa chair. En attente de cette moiteur, là où l’on s’engouffre, au moment où on la dépossède d’elle-même ne serait-ce que pour un temps… Ne serait-ce que pour quelques miettes de plaisir.

Elle multipliait les conquêtes masculines, ne prenant même plus le temps de jouer la carte de la soumission naïve. Elle leur fondait dessus, comme s’ils n’étaient que des jouets, présents et à sa disposition pour assouvir ses pulsions.

Elle s’embrasait avec des phantasmes dont elle repoussait, à chaque fois, les limites et creusait dans sa chair ce goût d’assouvissement et… de dégoût.

Plus elle en avait, et plus elle se sentait en manque. Prise dans son addiction, à force de collectionner, de passer de l’un à l’autre, elle n’était que rarement satisfaite et il lui en fallait toujours plus.

Elle qui s’était promise à un seul homme, à n’avoir raison et corps que pour lui… Une fois seule et abîmée, il ne lui restait plus rien de son identité.

Alors… pourquoi se soucier de l’image du corps ?

Elle avait envie de leur sexe, de ce moment unique où Elle sentait, dans la première pénétration, ce souffle de vie qui lui emplissait le corps. Elle, si amère et vide… Elle ne vivait plus que pour ces quelques secondes de satisfaction éphémère. Tout lui laissait un goût amer, mais Elle ne laissait plus ses yeux pleurer et se perdre dans l’oubli de l’âme. En quête d’un je ne sais quoi, Elle parcourait les corps et s’éloignait alors de plus en plus.

Elle avait perdu l’Unique, alors Elle se perdrait dans la multitude.

Elle se vengeait d’un homme qui l’avait oubliée, Elle se vengeait de son propre corps qui l’avait trahie… Et Elle le pousserait à bout, pendue à ces membres inconnus.

Elle ne supportait plus les soirées, seule avec ses frustrations. Elle sortait pour que l’on pénètre en Elle, Elle s’évadait pour s’enchaîner à des corps, Elle errait, son âme au loin, Elle s’abandonnait pour mieux se trahir et fuir pour ne plus y assister.

Et on la voit, au bord de ses lèvres, on la voit qui jubile de ce mal, on la voit avec ses yeux dans le vague et, Elle… ne voit plus rien. Elle s’est brûlé les ailes au moment où son corps voulait rouvrir les yeux. La marche arrière lui était désormais interdite, condamnée à l’amertume d’une jouissance bien trop brève - pour peu qu’elle l’atteigne…

Bizarrement, certains tentaient de s’accrocher à elle, ils étaient attirés par sa souffrance, ils étaient affublés de cette tendance suicidaire et ils l’attachaient à leurs problèmes, sans même se soucier des siens ni même d’Elle et de sa vie… Ils voulaient la faire se contorsionner en Bouée de Sauvetage… Presque encore humaine… Du moins, elle en avait encore l’aspect.

Elle jouait le jeu comme l’on regarde, médusé et abruti, la télévision tout en la critiquant allègrement, Elle le faisait un petit moment et puis… Et puis la Bouée se crevait dans un sifflement strident, tout son être hurlait, enchaîné aux problèmes des autres, alors Elle se transformait en Bombe à Retardement Massive, prête à exploser vraiment, prête à les piétiner jusqu’à ce que l’agonie s’en suive. Elle implosait, les piétinait à coup de maux dans le cœur et ils s’enfuyaient, bien contents que la porte claque derrière eux.

Les hommes lui semblaient faibles et elle désirait les achever avec le poignard qui se terrait au beau milieu de ses mots.

Elle emmagasinait en elle tous leurs problèmes, jusqu’à connaître parfaitement la faille qui faisait suinter leur cœur. Ainsi quand Elle en avait marre, Elle leur balançait ses mots et Elle savait qu’ils les touchaient au plus profond de leur fierté.

De débauche en désillusion, l’ange se fane, le regard devient terne.

Elle le croisait parfois, Lui et son Bonheur, Lui et sa Nouvelle Vie. Cela faisait bien trois ans qu’ils n’étaient plus unis et lorsqu’il l’apercevait, un voile obscurcissait ses yeux. Il baissait la tête, il la connaissait par cœur et pouvait la voir sans vraiment regarder, elle qui avait été et qui n’était plus rien. Son cœur soupirait et il était pour une autre.

Et elle, Elle… Elle s’enfuyait pour ne pas avoir ces souvenirs qui transpercent son cœur.

Elle tournait les talons, appelait l’un de ses amants et s’envoyait en l’air pour ne plus jamais savoir atteindre son cœur.

Elle n’a jamais su lui dire… Lui dire qu’il avait gardé son cœur, qu’il n’avait jamais voulu de son corps et c’était là, la dernière chose dont elle disposait. On pourrait même dire qu’elle le rentabilisait de ses années de frustrations où elle n’apprenait qu’à réfréner ses envies et cette part physique de son Amour. Où son énervement et sa haine des autres et d’elle-même était inversement proportionnel au désir habitant le cœur de son ancien amour. Lentement, insidieusement… progressivement… plus son désir pour elle déclinait… plus sa fureur, à Elle, augmentait. Il fut un temps, pourtant, un long moment de leur histoire où l’équilibre existait avant de se mouvoir dans un quotidien où seuls son amour pour lui et sa raison lui servaient de soupape. Il fut un temps, pourtant où cela ne put plus tenir et où le corps envoya tout valser !

Elle l’avait fait au départ pour se venger, pour lui prouver que d’autres hommes savaient apprécier ce que son corps avait à offrir et que d’autres étaient capable d’être empli de désir pour Elle ! Elle a fini par mêler son corps à celui d’un autre… et cela fut tout d’abord grandiose ! Libérateur ! Elle pouvait enfin se sentir vivante, désirée… existant complètement ! Mais son cœur, au même moment, explosait en mille morceaux pour Lui, en pensant à cette trahison… Au fait que cela signerait la perte de son Amour. A présent, elle récoltait de l’ennui et de la solitude, exacerbée. Elle avait ce sentiment d’avoir tout fait pour gâcher son bonheur et flétrir sa vie alors qu’elle pensait enfin la vivre.

Comment survivre ?

Malgré tout, il lui restait encore quelques amies qu’elle voyait à l’occasion, surtout dernièrement. Elles s’étaient éloignées par leurs relations respectives et elles s’étaient retrouvées au travers des douleurs qu’elles avaient connues dans des temps rapprochés, leur permettant de comprendre et de répondre aux maux de chacune. Elles se voyaient à certaines occasions… dehors, chez l’une, chez l’autre. Parfois elles décidaient de partir « loin de tout ça »… pour un soir, un week end ou plusieurs jours avec l’espoir que cela ne finisse jamais. Elles sortaient ensemble de leur quotidien… elles se lançaient des défis puériles afin d’échapper à leur propres « étiquettes ». La plus timide pouvait alors devenir celle qui gueule le plus fort et va à la rencontre des inconnus… la plus délurée pouvait être celle qui protège et arrondi les angles en cas de débordements. Au final, chaque rôle pouvait être investi et chaque rôle se répartissait naturellement et différemment. Cela aurait pu être idyllique mais cela ne pouvait jamais durer au-delà de leurs virées. A chaque retour, chacune reprenait ses valises et s’engluait dans son quotidien.

Une soirée se préparait… une soirée regroupant des amis, des amis d’amis et ainsi de suite. Elle ne se sentait pas d’humeur festive mais, un de ses amants ayant annulé leurs plans ce même soir, elle s’y rendit. Fuyant encore et toujours la solitude qui ne la quittait jamais. Elle se sentait triste et épuisée mais elle voulait malgré tout se détendre, revoir d’anciens amis, retrouver le rire et la sensation habitant les bonnes soirées. Elle voulait sortir de toutes ses plaintes concernant la vie qu’elle s’était créée.

Elle y arriva donc et fit le tour des visages connus. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’Elle n’avait pas vu la plupart d’entre eux. Pendant que ses amies avaient renoué avec leurs amis et potes, Elle s’était contentée de se rapprocher seulement de celles-ci. Elle discutait avec les uns et les autres, Elle « rattrapait le temps perdu » avec certains en échangeant les banalités coutumières. Elle avait du mal à se « remettre dans le bain » mais petit à petit Elle arrivait à se détendre à nouveau.

Lors de la soirée, pourtant, son regard se figea. Elle venait d’apercevoir quelque chose de l’ordre de la vision : Ce n’était d’abord qu’une simple silhouette un peu pulpeuse et attirante. Mais quand elle vit le visage de cette personne elle en resta interdite, ne sachant plus ni penser, ni parler. Elle était sublimée par cette femme qu’elle n’avait jamais vue auparavant, et son cœur battait à tout rompre !

Cet organe qu’elle pensait éteint à jamais se réveillait devant cette apparition... Elle ne voulait pas se réveiller, surtout pas !

Une de ses amies fit, mine de rien, les présentations. Cette jeune femme était sa nouvelle collègue de boulot, elle venait de s’installer en ville et elle se nommait Elisa. Elle fixait toujours Elisa qui lui souriait de façon resplendissante mais quelque peu intimidée. Elle osa enfin s’approcher et la saluer. Puis Elle reprit le cours de la soirée, en tentant d’éloigner cette impression… Le plus loin possible.

Cela lui semblait finalement impossible et les yeux de cette femme brillaient avec une infinie douceur. Les traits de son visage invitaient aux caresses, la courbe de ses lèvres n’attendait qu’à être goutée et son corps, orné de ses courbes sensuelles était une promesse pour des délices sans fin. Tout cela, en cet être, faisait craquer son cœur et il l’implorait de traverser sa poitrine, de sortir pour rejoindre ce cœur, en face et seulement pouvoir battre tout contre lui. Ne faire qu’Un.

Elles ne se quittèrent pas des yeux de la soirée, au départ, chacune dans son coin dans des petits coups d’œil furtifs puis, se rapprochant l’une de l’autre, au fur et à mesure…

Elle buvait mais cette rencontre l’enivrait déjà, seulement pas assez pour ne plus comprendre, juste assez pour ne plus réfléchir et se donner du courage.

Elle dansait, s’abandonnant entièrement à la musique, les yeux fermés. En elle, une vanne était en train de tourner, laissant échapper ses déceptions et ses rancunes tandis que chaque mouvement de son corps se calquait aux instruments, aux notes des différentes chansons qui étaient imprimées dans son être. Les premières notes de “ Even Angels Fall ” des Cruxshadows, résonnaient à ses oreilles, elle était prête à en perdre la tête…

Elle rouvrit alors les yeux, subjuguée par l’émotion des violons, l’alcool circulait dans ses veines… Le regard d’Elisa, juste en face d’elle, à quelques centimètres de son corps n’apportait que plus de sensations à cette approche inhabituelle. Un moment doux… langoureux, soutenu par des airs connus par cœur. Envoutante, elle la regardait et l’interrogeait par son regard…

Elisa s’approcha plus près d’Elle, Elle la laissa venir, retenant les tremblements de son corps, son cœur à bout de souffle, tout culminait dans son esprit, débordé par les évènements. Elle désirait seulement se laisser aller… Elles dansèrent tout doucement, enlacées jusqu’à la fin de la soirée, Elle la guida sur la musique tout en caressant tendrement son corps.

Une fois la soirée terminée, Elle l’emmena chez elle. Quand la porte fut fermée, elles scellèrent leurs lèvres, les unirent, ici, pour la première fois. Loin des regards, loin de leur jugement. Deux êtres seuls et libres de s’abandonner.

Elisa découvrit cet appartement qui était un lieu empli de sensualité. Tout, ici, amenait à l’effusion des corps, à l’embrasement de la chair. C’était un antre de volupté qui invitait aux rencontres charnelles.

Elles s’installèrent sur d’énormes coussins qui jonchaient le sol, après s’être servie du vin et avoir mis de la musique en fond… accompagnant leurs mots en ces premiers instants…

Elles passèrent la nuit ainsi, à parler d’elles, de leur vie… Découvrant les brûlures et les joies, les hasards désarmants, les prises de conscience et les fuites. Elles vibraient dans le récit de l’autre, elles savouraient les mots, les sensations avant de découvrir une renaissance dans les bras, l’une de l’autre.

Elisa lui contait ses peines, elle n’avait été qu’avec des femmes, n’ayant vu dans les hommes que des amis ou des rivaux... Mais celles-ci ne s’étaient pas intéressées à celle qu'elle était vraiment et qu’elle voulait être. Ce n’était que des passades et souvent son cœur avait été meurtri de croire en des mots illusoires. Elle lui disait ainsi, que son souffle de vie c’était les mots mais que beaucoup de femmes s’étaient jouées d’elle aux moments où elle désirait ouvrir son cœur.

Elles finirent leurs récits dans le silence, grisées par l’alcool, par le fait d’avoir enfin trouvé quelqu’un avec qui Partager… Leurs yeux brillaient d’envie et de douceur. Elles allèrent dans la chambre, l’encens embaumait l’air d’une douce senteur. Il faisait chaud, elles étaient nues et goûtaient à la fraîcheur des draps. Pour la première fois depuis des années, Elle ne pensait plus à la nécessité du sexe, Elle regardait Elisa comme un être précieux, un alter ego rassurant, lui renvoyant un reflet où l’espoir est permis. Elle était émerveillée d’avoir croisé cet être singulier. Elle la serrait dans ses bras, Elle ne se sentait plus seule grâce à ce contact. Elle était enfin une personne et non plus un simple corps à usage unique que l’on prend et jette lorsque les envies se font sentir…

Elles s’endormirent à l'abri dans les bras l’une de l’autre, en formant un cocon chaleureux pour lequel elles avaient survécu dans leurs rêves quelques années, suffocant de solitude… Elles pouvaient enfin respirer. Leurs battements de cœur, étaient une berceuse qui, l’instant d’une nuit, d’une rencontre entre deux vies, effaçait leur douleur.

Cette rencontre lui apprit la Jouissance, la légèreté de l’envol dans ce ciel autrefois si lointain, et longtemps refusé… Ce simple instant échangé avait ravivé en Elle ses attentes et ses espoirs.

Elle regarde son passé, elle en sourit… de sa jeunesse, de ses déboires… Ses expériences passées lui montrent que ce qu’elle pensait avoir eu avec Lui était certes une belle complicité entre deux êtres mais certainement pas un amour absolu. Que vivre avec une personne c’est un tout où le compromis n’inclut pas le déni d’une partie de soi et de ses envies. Se perdre dans le sexe était sa façon de se déconstruire et Elisa a marqué le tournant lui permettant de se réapproprier sa vie.

A présent, elle sort, profite de la musique, de danser… de rencontrer des gens et d’échanger des points de vue. Cette histoire l’a métamorphosé tel un phœnix renaissant de ses brûlures antérieures. Entre Elle et Elisa, il n’a jamais été question d’amour mais d’une profonde amitié, de celle que l’on ressent pour ceux qui nous ont accompagnés à un tournant important de notre vie.

Son cœur n’a pas éclaté en mille morceaux et il ne s’est pas éparpillé au grès du temps comme Elle le craignait… Il s’est reconstruit peu à peu… il s’est même développé et ouvert aux autres.

A présent, elle ne se sent plus déchue, elle trébuche encore mais bien loin au-dessus de nos têtes, elle est prête à s’envoler au-delà de toute considération humaine, là où voguent tous ces sentiments qui peuvent nous faire vibrer.

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